En rĂ©action avec la prĂ©sentation de Frans Van der Werf, qui a eu le courage d’exposer Ă  travers son travail des convictions trĂšs personnelles que je respecte pleinement, deux remarques que je souhaite constructives pour le dĂ©bat autour de la production de l’environnement construit:

- l’approche d’une architecture durable par le biais de la forme dite «organique» et le panachage d’élĂ©ments de nature «reconstruite» dans le bĂąti me pose problĂšme. En terme d’impact rĂ©el sur les questions environnementales, et notamment sur la question de l’énergie, il y a urgence Ă  interroger en profondeur les enjeux de la production industrielle de l’environnement construit. La trĂšs grande majoritĂ© des bĂątiments, mĂȘme s’ils cherchent formellement Ă  imiter la nature et qu’ils sont recouverts de vĂ©gĂ©taux, sont le rĂ©sultat de la mise en Ɠuvre de processus industriels, qu’on le veuille ou non! ConnaĂźtre l’écobilan complet des matĂ©riaux de construction, travailler Ă  mettre en place une architecture recyclable, donc dĂ©montable, favoriser l’utilisation d’élĂ©ments de seconde main, penser l’implantation en terme d’orientations par rapport au soleil, concevoir l’enveloppe comme une possibilitĂ© de captage Ă©nergĂ©tique, etc
 me semblent ĂȘtre des pistes plus en phase avec l’urgence de «refermer les cycles» de production de nos biens industrialisĂ©s. Une certaine prudence serait bienvenue par rapport Ă  la question de la forme «naturelle» ou du caractĂšre bucolique d’une architecture durable: ces Ă©lĂ©ments peuvent masquer des rĂ©alitĂ©s constructives s’avĂ©rant nuisibles Ă  l’environnement. La forme abordĂ©e sous l’angle de la compacitĂ© (minimum de surfaces de dĂ©perditions) ou de l’orientation solaire pour le captage Ă©nergĂ©tique ouvre des champs crĂ©atifs tout aussi intĂ©ressants et peut-ĂȘtre plus proches de la dĂ©fense de la nature!

- mĂȘme type de remarque concernant le schĂ©ma de la ville linĂ©aire. L’aspect formel sĂ©duisant du schĂ©ma prĂ©sentĂ© risque de relĂ©guer au second plan la nĂ©cessitĂ© de dĂ©chiffrer et optimiser la complexitĂ© des systĂšmes urbains actuels (qui sont loin de ressembler Ă  des schĂ©mas parfaits). Les villes d’aujourd’hui ont probablement plus besoin d’ĂȘtre analysĂ©es dans leur rĂ©alitĂ© complexe pour pouvoir ĂȘtre amĂ©liorĂ©es au cas par cas, que d’ĂȘtre comparĂ©es Ă  des modĂšles thĂ©oriques standardisĂ©s et construits individuellement. (Voir dĂ©marches d’écologie industrielle, par exemple). Cela dit, la piste d’un urbanisme valorisant l’importance de transports publics efficaces (et gratuits!) me semble trĂšs intĂ©ressante! Les mĂ©canismes pour rendre les transports publics efficaces et gratuits sont peut-ĂȘtre alors l’enjeu prioritaire de cette piste, transposable Ă  toute forme urbaine!